Farewell Transmission
Est-ce que la grâce fait partie du chef-d’œuvre ? Est-ce que la sensibilité englobe le tout ? Il y a quelques années, sur l’autoroute de la découverte automatique d’une playlist trackée, j’ai découvert Farewell Transmission de Songs: Ohia.
Je ne me souviens pas exactement à quelle vitesse ce morceau est entré dans mes souhaits pour mes derniers instants… Allez, en fait si : j’ai pathétiquement copié sur Vincent Ehrhart-Devay qui, dans un podcast de cinq minutes, raconte tout son amour pour cette masterpiece et ce choix. C’est en cherchant des informations sur ce morceau que je suis tombé sur cette déclaration, et je me suis dit : « Moi aussi ! ».
Songs: Ohia, c’est Jason Molina.
Et Farewell Transmission, c’est un morceau de plus de sept minutes qui donne l’impression qu’il pourrait durer toute une nuit. Ce n’est pas vraiment un morceau qui démarre, c’est plutôt un truc qui se met en marche. Lentement. Comme si personne ne savait exactement jusqu’où ça allait aller, mais que tout le monde avait accepté d’y aller quand même.
J’ai appris dans un article d’Orion que le morceau avait été enregistré live, presque sans filet, avec une douzaine de musiciens dans la même pièce, sous l’œil de Steve Albini. Molina leur aurait montré la progression d’accords, sans vraiment leur dire quand ça finirait.
On n’entend pas seulement Jason Molina. On entend une pièce, des gens, une attention commune. Des musiciens qui essayent de comprendre ce qu’il faut faire au bon moment. C’est assez rare, cette sensation d’entendre des gens qui s’écoutent vraiment.
La grâce, si elle existe dans Farewell Transmission, est peut-être là : dans cette pièce pleine de monde, dans ce moment où des gens jouent ensemble sans savoir exactement où ils vont, et où, par miracle, ça tient.
À la fin, Molina répète : Listen.
C’est peut-être tout bête, mais c’est ce mot-là qui reste. Écoute. Pas “admire”, pas “comprends”. Juste écoute. Et à chaque fois, docilement, je recommence.